Liens avec le syndrome de KISS

Liens avec le syndrome de KISS

ARTICLE ECRIT PAR CAROLINE DE VILLE,  www.auseinendouceur.com

LE SYNDROME DE KISS, LES BÉBÉS AUX BESOINS INTENSES « BABI » ET LES FREINS DE LANGUES RESTRICTIFS

Votre bébé pleure beaucoup ? Il a du mal à prendre du poids ? Les nuits sont difficiles car il se réveille très souvent ou il n’arrive pas à s’endormir plus de 1-3h d’affilées ? L’endormissement est difficile ? Même les siestes en journée sont compliquées ? Il se tient « en virgule » ou en hyperextension quand vous le portez dans vos bras ? La tétée au sein est compliquée ? La diversification alimentaire est compliquée ? Vous devez le porter toute la journée dans vos bras ? Il a du reflux et des coliques?  L’allaitement/la prise du biberon sont compliqués ? Vous sentez qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec votre bébé mais tous les professionnels de la santé vous disent qu’il est en bonne santé?

Tous ces symptômes vous parlent et peut-être qu’un ostéopathe ou un chiropracteur a évoqué le syndrome de KiSS. On vous a aussi parlé de bébés aux besoins intenses ? Vous avez déjà pris rendez-vous chez plusieurs professionnels de la santé mais tous vous disent qu’il va bien. Ou peut-être que les choses se sont quand même un peu améliorées mais pas complètement.

Dans cet article, je vais essayer de vous définir ce qu’est ce syndrome et le lien qu’il a avec les freins restrictifs buccaux.  La majorité du temps, personne ne les a vérifiés et cela fait que votre bébé ne récupère pas complètement de ce « syndrome de KiSS ». Je vais également vous parler de ces bébés aux besoins intenses qui ont tellement de similitudes avec les symptômes du syndrome de KiSS et des freins de langue restrictifs.

 

En tant que conseillère en allaitement spécialisée dans les freins restrictifs buccaux, j’ai trop de bébés KiSS avec les lesquels je me retrouve face à cette pathologie de freins restrictifs buccaux. Les études scientifiques manquent et le lien n’a pas encore été clairement établis entre les deux (le KiSS et les freins). Mais la coïncidence est trop flagrante à mon sens et à celui de plusieurs professionnels de la santé que j’ai rencontrés durant de nombreuses formations partout dans le monde.

 

C’EST QUOI LE SYNDROME DE KISS ? 

DÉFINITION DU MOT « SYNDROME »

Tout d’abord, redéfinissons correctement le mot « syndrome ».

Un syndrome n’est pas une maladie. C’est un ensemble de symptômes ou de signes en rapport avec un état pathologique qui permettent par leur regroupement de faire un diagnostic. Cela veut donc dire que la prise en charge devra automatiquement être multidisciplinaire et que cela ne se réglera pas en une consultation, avec un seul spécialiste.

Prenons l’exemple du syndrome de la trisomie 21. Chaque enfant aura une prise en charge multidisciplinaire adaptée à ses symptômes (neuropédiatre, logopède, cardiologue si l’enfant présente une anomalie cardiaque …). Il en sera donc de même pour les bébés au syndrome de KiSS. Il leur faudra consulter différents spécialistes à un rythme défini par leurs besoins (chiropracteur/ostéopathe, kiné/Tummy Time, dentiste/Orl, conseillère en allaitement, pédiatre, spécialiste en réflexes archaïques…)

 

DÉFINITION CLASSIQUE DU SYNDROME DE KISS

Dans le cas du syndrome de KiSS, on parle de subluxation des cervicales C0-C1 et C2 (base du crâne, atlas et axis) ce qui entraine les différents symptômes cités ci-dessus. Beaucoup pensent qu’une seule manipulation magique par un praticien « formé » au syndrome de KiSS sera suffisante. Pour certains, en effet, cela l’est. Mais alors je me permets de remettre en question le terme « syndrome ». Et puis pour d’autres, cela l’est nettement moins.

 

NOUVELLE DÉFINITION

Avec ma pratique et en discutant avec des chiropracteurs et d’autres professionnels de la santé que j’ai eu l’occasion de rencontrer, je vois que nous sommes de plus en plus d’accord que, si réellement il s’agit d’un syndrome, alors une prise en charge multidisciplinaire est plus que nécessaire.

Je suis d’accord de parler d’une part de subluxation C1-C2

« mais AUSSI de tension  autour de cette zone-là entrainant une sorte d’hypersensibilité de toute cette région : atlas, axis, base crânienne ainsi que les parties molles qui s’y attachent.»

(Sylvie Laujol, chiropracteur pédiatrique à Toulouse)

Cette zone (base crânienne et autour de C1-C2) constitue en fait une zone sensorielle (un petit peu comme un sixième sens) ayant des liens étroits avec l’enclenchement du sommeil, l’appareil locomoteur et l’équilibre, les centres végétatifs du cerveau et les centres de commandes principales du cerveau. Vous comprenez maintenant en quoi sont liés les symptômes ci-dessus et l’hypersensibilité de cette zone. Il est très important de retenir qu’il n’y a donc pas que la subluxation C1-C2 qui provoque ces symptômes mais bien toutes les tensions qu’il peut y avoir dans cette zone sensible.

 

Voici encore une définition très intéressante du syndrome de KiSS, décrite par Linda Moie Meurou, chiropracteur à Guérande :

« Le syndrome de KiSS est une dysfonction cranio-rachidienne qui induit une asymétrie de posture et un ensemble de symptômes liés à la localisation du système nerveux parasympatique (système qui calme le bébé) et de son inhibition. »

Trop souvent, Linda constate que, dans sa pratique de chiropraxie avec les syndrome de KiSS, elle retrouve un implication très forte des freins restrictifs buccaux.

Enfin, aux USA, Michelle Emanuel Prince, formatrice et spécialisée en thérapie cranio-sacrale, rejoint cette définition. Elle parle de dysfonctions des nerfs cranio-sacrés inhibant le système vagal (parasympatique). Ses formations en Tummy Time et sur les dysfonctions cranio-sacrales (formations auxquelles j’ai eu la chance de participer) aident à comprendre et reprogrammer ce système vagal inhibé par ces tensions.

 

D’OÙ VIENT CETTE HYPERSENSIBILITÉ S’IL N’Y A PAS DE SUBLUXATION ?

LA LANGUE ET LES FASCIAS

La réponse tient en deux mots : la langue (les freins restrictifs buccaux) et les fascias (qui y sont rattachés).

Voici une explication de ces tensions. Premièrement, il faut comprendre que la langue est composée de 8 muscles bien distincts. Vous avez bien lu : 8 muscles. Chacun de ces muscles est comme enveloppé par ce que l’on appelle un fascia (une fine membrane qui le recouvre). Tous les fascias des muscles voisins sont en fait reliés entre eux ! Un petit peu comme une toile d’araignée qui part de la langue et qui descend tout le long de la chaine musculaire postéro-médiane jusqu’aux orteils.

 

LA LANGUE ET LE FREIN DE LANGUE RESTRICTIF

Imaginez que votre langue est attachée sur sa partie postérieure par ce qu’on appelle un frein restrictif buccal : cela va donc engendrer des tensions sur tous les fascias (et donc sur tous les muscles) de la chaine musculaire de la langue (vu qu’ils sont tous attachés les uns aux autres).

Un frein restrictif buccal (antérieur ou postérieur) aura donc une conséquence sur toute la chaine musculaire postérieure (la chaine dont la langue est le premier muscle) et donc sur la mâchoire, le cou (dont C1 et C2), les hanches… jusqu’au petit orteil. Effet boule de neige assuré !

 

Voilà pourquoi chez un bébé soi-disant diagnostiqué « syndrome de KiSS », faites vérifier à tout prix la fonctionnalité des mouvements de sa langue pour voir si celui-ci n’aurait pas un frein restrictif entrainant à son tour des dysfonctions cranio-sacrales par ses connections aux fascias de la chaine musculaire postéro-médiane (allant de la langue aux orteils).

Voilà pourquoi, il est important de faire le rapprochement entre syndrome de KiSS, freins restrictifs buccaux et bébé aux besoins intenses dont le système vagal est inhibé en partie.

LES FREINS DE LANGUE RESTRICTIFS

L’INCIDENCE DES FREINS RESTRICTIFS

Sachez que des (vieilles) études scientifiques ont montré que 4 à 11% de la population avait un frein restrictif buccal antérieur.

L’année dernière, en 2018, une première étude scientifique a démontré que 32% de la population avait très certainement un frein restrictif buccal postérieur ! Si nous prenons la moyenne de 8% de freins antérieur à laquelle nous rajouter 32% de freins postérieurs restrictifs, nous arrivons à une incidence de 40% de freins restrictifs dans la population !!!

Cela ne veut pas dire que tous les bébés ayant un frein sont d’office concernés par le syndrome de KiSS. En effet, tous les freins ne donnent pas systématiquement des tensions dans le cou (comme dans le cas du syndrome de KiSS). Mais en tout cas, la pathologie des freins de langue rentre bel et bien dans le cadre de ce fameux syndrome de KiSS. Et bien sûr, il ne faut pas non plus nier les autres potentielles causes du syndrome de KiSS comme un accouchement ou une grossesse difficile, un déclenchement de la naissance, la malposition utérine …

 

LES SYMPTÔMES DES FREINS DE LANGUE

Ce qui est le plus frappant pour moi qui suis spécialisée dans les freins de langue restrictifs, c’est qu’une grande partie des bébés que je rencontre avec un frein de langue restrictif présentent beaucoup trop souvent les mêmes symptômes que ces bébés diagnostiqués KiSS. Je le redis, aucun étude clinique ne le prouve pour l’instant, tout comme aucune étude clinique ne permet d’expliquer ce syndrome de KiSS et sa prise en charge.

 

ET LES BÉBÉS DITS « AUX BESOINS INTENSES » ?

Enfin, je termine par une dernière coïncidence troublante. Je voudrais parler de ces bébés dits « BABI », « Bébés Aux Besoins Intenses ». Je n’ai jamais beaucoup aimé ce terme. Imaginez-vous que, alors que vous avez à peine quelques semaines/mois, on vous colle l’étiquette de « Bébé Aux Besoins Intenses ». Ces bébés se retrouvent en fait avec exactement les mêmes symptômes cités ci-dessus pour le syndrome de KiSS et pour les freins de langue restrictifs. Ce sont très certainement, pour moi, des bébés qui ne pleurent pas pour se décharger.  Mais ce sont bien des bébés qui pleurent tellement les tensions, le reflux… et leur frein restrictif les gêne… sans oublier leur système vagal déficient !!!

 

CONCLUSION

Si votre bébé est « diagnostiqué » syndrome de KiSS  ou dit « BABI », vous avez donc compris l’importance d’une prise en charge multidisciplinaire et d’une vérification de ces freins (langue et lèvre) ! Rappelez-vous, il s’agit d’un syndrome ! Et dans ce cas-ci, il faudra faire un travail sur les chaines musculaires (idéalement avec un chiropracteur ou ostéopathe ET un kinésithérapeute spécialisé par exemple en Tummy Time). Et il faudra faire examiner votre bébé par une conseillère en allaitement spécialisée et apte à dépister les freins et/ou par un dentiste pédiatrique. Pour certains bébés ou enfants, il sera aussi intéressant de travailler l’intégration de leurs réflexes archaïques et d’avoir une rééducation logopédique/orthophoniste.

 

Retenez donc que la prise en charge de ce syndrome est multidisciplinaire et nécessitera la consultation de plusieurs spécialistes durant parfois plusieurs rendez-vous ! Même avec une belle prise en charge par des personnes compétentes, la patience sera probablement la clé LA PLUS importante.